Il est des menus plaisirs qu'on apprécie rarement à leur juste valeur.


Se faire offrir une interprétation de Don Quichotte selon la ravissante jeune peintre Amal.
Acheter sa provision annuelle d'herbes et de plantes médicinales chez le génial herboriste d'inzggane.


Récolter sa part de miel de serpolet et de thym sans se faire piquer une seule fois par les abeilles.
Manger une tête d'agneau cuite à la vapeur avec du sel et du cumin fraîchement moulu.
Manger goulument une pastèque juteuse et sucrée à point.
Fumer un joint en sirotant un verre de thé à la menthe et au fluo (thym sauvage).
S'endormir sur la terrasse en contemplant les étoiles (dont plusieurs filantes).
Se faire réveiller en pleine nuit par une piqûre de moustique, et apercevoir son premier scorpion de la saison, et au lieu de l'écraser avec sa babouche, l'éloigner sereinement de son chemin, puis assister, ébloui, à un génial spectacle de danse de feu follets dans le cimetière qui s'étend le long de l'oliveraie. Merci Moustique.
A l'aube, décider sur un coup de tête ou d'insomnie d'une expédition au Hammam pour voir.
Dans la salle la plus chaude, s'allonger et lâcher son corps, complètement détendu se laisser aller à une flânerie imaginaire merveilleuse jusqu'à ce que le masseur vienne vous délivrer de ce paradis-enfer.


Il vous manipule alors comme un soldat démonte, nettoie et remonte son fusil, avec la précision de celui qui a le coup de main, à la fois avec tendresse et violence.
Il masse frotte, tapote, tend, tire, frappe, caresse ... tout en synchronisant son souffle injonctif et ses "soupires" sur les gestes et le rythme de ses bras et ses mains.
Il vous ramène l'eau à la température que vous avez choisie (au degré près) et vous laisse à l'inévitable cérémonial de l'istinjab (grandes ablutions).
Quand vous arrivez dans la salle d'accueil pour vous sécher et vous rhabiller, il vous sert une orange pressée bien fraîche et une assiette de jujubier sauvage sur une musique de Fatima tabaâmrant.
Au moment où il retourne la cassette, la radio annonce furtivement une nouvelle anodine à propos de Marseille (feux de garrigue je crois) et là ...
JE ME SENS SI FEBRILE
Il est vrai que ce n'est pas la tête mais le corps qui se souvient
"C'est ainsi que naît l'amour dans le bled d'où tu viens" m’aurait jadis dit ma grand-mère, Dieu repose son âme.
- han han ... gémit-elle (pas ma grand-mère ! )
- Bien. Si c'est ce que tu désires ... Je grimperai aux cimes de tes rêves pour voir la réalité d'en haut. Pendant que mon corps (que je voudrais tant t'offrir fraîchement purifié) joue à l'éclaireur, le tien ouvre l'horizon.
- han han ...
- Ton corps n'arrête pas de s'élargir. De conquête en conquête, il repousse ses frontières, toujours plus loin, toujours plus profond dans ma mémoire.